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Rubrique : {l’économie verte de demain}

Quelle fiscalité verte dans la perspective de 2012 ?

Le dimanche 22 août 2010 par Rcoutouly

La taxe carbone a été conçue et défendue dans le contexte de l’élection présidentielle de 2007. Aprés son échec, dans la tourmente économique actuelle, il est temps maintenant d’envisager d’autres manières de concevoir une fiscalité environnementale efficace et utile.

Six mois après l’abandon de la taxe carbone par le gouvernement français, il paraît judicieux de s’interroger à nouveau sur la question importante de la fiscalité environnementale.

L’abandon de cette "contribution climat énergie" s’explique essentiellement par son impopularité grandissante. Or, dans nos sociétés démocratiques, l’acceptation d’une réforme par l’opinion est un préalable nécessaire. Notre taxe carbone avait un autre inconvénient : le flou autour de l’utilisation qui pouvait être faite de cette manne fiscale. Résorber les déficits publics, réduire les charges des entreprises, redistribuer sous forme de chèque vert, son usage n’était pas clairement compris par une opinion publique prompt alors à craindre le "coup fourré". Enfin, dans un contexte de crise économique, cette taxation verte était perçue souvent comme un frein à la croissance, qui allait réduire la compétitivité de nos entreprises.

Est-il-possible, alors, avec le recul et la sérénité retrouvée, d’envisager une autre façon de concevoir la fiscalité environnementale ? Ne faut-il pas "rebattre les cartes" pour envisager et imaginer une autre façon de "faire", différente de la taxe carbone ? Celle-ci a, en effet, été conçue par ses promoteurs comme une réforme à mettre en place après les élections présidentielles de 2007. Or, depuis, la crise économique et financière a changé la donne. Il faut envisager aujourd’hui une taxation verte qui réponde aux enjeux politiques, environnementaux et économiques de 2012, c’est à dire qui soit, clairement, un outil anti-crise, un outil de relance.

Pour répondre à ces questions, je propose de nous concentrer sur un secteur économique particulier, considéré comme névralgique, celui de l’immobilier neuf. Dans cette activité, les préoccupations environnementales sont présentes essentiellement sous la forme des Réglementations Thermiques (RT2005 puis RT2012) qui s’appliquent à tous les bâtiments nouvellement construits. Elles constituent donc la "voiture balai" du système, le minimum exigé, dans une logique d’amélioration progressive qui permette à toutes les entreprises d’avancer dans la bonne direction.

Ce système, a cependant ses faiblesses. D’abord, si il préserve les entreprises les moins actives dans la construction environnementale, en leur laissant le temps de s’adapter, il ne favorise guère celles qui font le choix d’une politique volontariste dans ce domaine, sauf sous la forme de labels faiblement valorisant (BBC, bâtiment basse consommation, HPE, haute performance énergétique). En somme, le système dispose d’une "voiture-balai" mais non d’un peloton de tête.

D’autre part, ces choix (labels et RT) ne concernent que les constructeurs et non les acheteurs, qui ne voient guère l’intérêt d’avoir un logement vert, sauf à avoir des convictions environnementales fortes. De plus, le système mis en place concerne la situation thermique des bâtiments construits. Il oublie, pour l’instant, la qualité des matériaux utilisés, et particulièrement la quantité de CO2 dégagé.

Est-il possible alors de concevoir une méthode fiscale qui corrige les inconvénients du système actuel, qui soit aussi un outil de relance économique, valorisant nos entreprises ? Un outil qui prolonge la politique existante en lui donnant un coup d’accélérateur environnemental ?

Je propose ainsi la mise en place d’une "contribution incitative Logements neufs", conçue pour répondre à ces questions. Cette contribution s’articulera autour de la notion d’habitat passif, qui désigne les bâtiments dont la consommation énergétique au m² est entièrement compensée par les apports solaires ou éoliens ou par les calories émises par les apports internes (matériel électrique et habitants). Dans le débat sur les seuils et les labels, cette notion, d’origine allemande, à l’avantage de la clarté et d’une véritable exigence : on s’est donné les moyens de ne plus consommer d’énergies à la fois par l’isolation passive, et aussi par la production active d’énergie compensatrice (éolien et solaire). Elle constituera donc le peloton de tête, celui qui tirera le système par le haut.

Comment fonctionne cette contribution ? Elle est payée par les acheteurs de logement neuf, qui sont donc directement concernés, auprès des constructeurs, ceux-ci la reversant dans un fond particulier que l’on appellera ici le fond logement neuf.

Elle est faible, de l’ordre d’un euro par mètre carré de SHON pour l’habitat individuel, d’un demi-euro en habitat collectif. Mais elle augmentera de la même somme chaque année (elle sera donc, pour une maison, de 3 euros le m2, la troisième année de la mise en place de la contribution logement neuf).

Ces contributions sont versées dans un fond logement. L’argent récoltée est redistribuée entièrement l’année suivante aux acheteurs de logement neuf ayant choisis d’investir dans des logements en habitat passif.

Quelles sont les conséquences de cette politique fiscale ? J’en vois essentiellement deux. D’abord, cela va tirer le secteur économique de la construction vers le haut, valorisant les entreprises, les technologies et les acheteurs les plus audacieux du point de vue environnementale. Ensuite, elle a l’avantage de clarifier l’utilisation de la "récolte fiscale verte" , dont on pourra identifier avec certitude à la fois les contributeurs et les bénéficiaires.

Ce système a aussi l’avantage de posséder des mécanismes de régulation. Par exemple, le chèque, distribué aux acheteurs d’habitat passif neuf, pourra varier, selon les années, en fonction de la demande de ce type de logements. On pourra aussi faire évoluer les seuils d’exigence. Ainsi, il sera possible, dès que le législateur l’estimera utile, d’introduire aussi un critère d’émissions carbone dans le choix des matériaux et des procédés constructifs.

Nous venons de faire un zoom sur la construction neuve. Reprenons de la hauteur, et revenons à la fiscalité environnementale dans son ensemble. Ce que nous venons de décrire ici pour le secteur du logement, ce mécanisme de contribution incitative redistribuée aux acteurs les plus entreprenants du point de vue environnementale, peut être appliqué et dupliqué dans d’autres secteurs, celui de l’automobile, des transports, de l’énergie par exemple.

Les enjeux de la deuxième décennie du siècle ne sont plus les mêmes que ceux de la première décennie. La prise de conscience est acquise, on recherche maintenant des moyens efficaces pour agir, dans un contexte de crise. Il faut relancer la machine économique tout en valorisant les activités écologiquement positives. Le mécanisme des contributions incitatives peut répondre à cet enjeu. Finalement, il constitue une autre manière de faire la taxe carbone, en la rapprochant des enjeux spécifiques de chaque secteur économique, en clarifiant son mécanisme et son usage auprès de tous les acteurs concernés. Cette méthode sera peut-être alors perçue d’une manière plus positive que son ancêtre mort-né ?

Pour en savoir plus :

Trois principes de base pour une fiscalité environnementale efficace

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Rubrique : {3-fiscalité environnementale}

Quelques éléments de réflexions sur les fiscalités environnementales

Le vendredi 6 août 2010 par Rcoutouly

Au mois de juin 2010, j’ai eu des échanges écrits avec l’économiste Jacques Weber, à propos de nos désaccords sur la fiscalité verte. Ci-dessous la totalité de nos échanges autour de trois questions clés.

1-la fiscalité environnementale doit-elle avoir une dimension internationale ?

Rodrigue Coutouly- Croire que la fiscalité environnementale doit avoir une dimension internationale, voir mondiale. Il propose par exemple, la création d’une Organisation mondiale de l’environnement qui "pourrait, par exemple, mettre en place une taxe sur l’énergie avec redistribution mondiale en raison inverse de la consommation". Si l’idée est séduisante, elle est malheureusement inapplicable. Dans le vaste jeu concurrenciel de la mondialisation, de nombreux pays auront beau jeu de refuser de la mettre en place, ruinant tout espoir de généralisation. Il faut, au contraire, commencer localement, installer des taxations à l’échelle de petites unités politiques (commune, région), mais des contributions incitatives qui apporte une plus-value à ces unités, engendrant la multiplication de ces contributions.

Jacques Weber : "Croire que la fiscalité environnementale doit avoir une dimension internationale, voir mondiale. Si l’idée est séduisante elle est inapplicable". Oui, à régulation inchangée. Ce n’est pas moi, mais Lula, Sarkozy et d’autres chefs d’Etat qui plaident pour la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, regroupant FAO, PNUD, PNUE, qui aurait pouvoir de mise en oeuvre des décisions de ses membres, et exercerait un contrôle de conformité environnementale sur l’ensemble des programmes des Nations Unies et sur les décisions de l’OMC. SI une telle OME est crée, vos objections tombent. Et quoi qu’il en soit, il n’y a là nulle croyance, tout au plus des hypothèses fortes. Je n’ai jamais "proposé" la création de cette OME, mais prends acte qu’elle l’est par un nombre non négligeable de chefs d’Etat. 

Rodrigue Coutouly : "Si une telle OME est crée, vos objections tombent". Cette phrase, clé dans votre raisonnement, mérite que l’on s’y arrête. Quand on s’intéresse à l’histoire des accords multilatéraux, on voit bien la fragilité d’une telle possibilité. S.D.N, O.N.U, Union Européenne, G7 ou G20, Copenhague, l’Histoire regorgent d’échecs ou de situations d’impuissance. Parier sur l’éventualité d’un accord me semble bien hasardeux. Non que le multilatéralisme n’ait pas montré parfois son efficacité, sans penser que l’on puisse sans passer, il est nécessaire de construire des dynamiques positives, sans attendre un hypothétique consensus. Je pense, pour ma part, que l’international présente tout son intérêt soit pour travailler sur des principes ou des objectifs communs (Kyoto est un bon exemple dans le domaine qui nous occupe) soit pour déréglementariser, dérigidifier les rapports entre Etats. Cela n’est pas vraiment ce que nous cherchons à faire dans le domaine environnemental. Je crois, donc, que les dynamiques locales, permettant aux acteurs d’agir positivement, facilitant les investissements verts, contraignants les comportements non respectueux de l’environnement et de la biodiversité, sont les seuls permettant de changer significativement les choses.

2-une taxation écologique doit-elle être significative et donc élevée ?

Rodrigue Coutouly
 Penser que, pour être efficace, une taxation écologique doit être significative et donc élevée. L’instauration d’une taxe "significative" a des effets pervers démotivants. Elle entraîne des résistances importantes dans l’opinion publique et auprès des entreprises, quoi qu’en dise Jacques Weber, car on craint la perte de "compétitivité" et le jugement d’un électorat qui refuserait l’impôt par principe. Il faut, au contraire, instaurer des contributions très petites, minces, symboliques. Mais à la condition de respecter deux principes clés des contributions incitatives :
 Leur augmentation est prévue, planifiée, connue à l’avance. Cette prévision, déjà imaginé par les promoteurs de la taxe carbone, permet aux acteurs économiques et aux consommateurs, d’anticiper sur leurs achats.
 les recettes des contributions incitatives servent intégralement à investir dans l’économie verte, dans la catégorie, le secteur dans lesquelles elles ont été prélevé. 

Jacques Weber :  "penser que pour être efficace une taxation écologique doit être significative et donc élevée" serait aussi une "croyance". Le penser à régulation globale inchangée, oui. En confondant état de départ état d’arrivée, oui. Mais en posant la question "existe-t-l une configuration de l’économie dans laquelle la richesse puisse se créer sur la maintenance ou l’amélioration des écosystèmes", la réponse est, j’en fais l’hypothèse, celle que je propose (avec d’autres à travers le monde). Que la transition d’un état à un autre doive se faire de façon très progressive : bien sûr. Cela étant la taxe carbone en Suède est aujourd’hui à 109 Euro, sans que les Suédois la rejettent. Mais en 1988, une loi suédoise a précisé que pour qu’une taxe écologique soit discutable au parlement la preuve devra être donnée que une ou plusieurs taxes d’un rapport au moins équivalent à celui attendu de la nouvelle taxe auront été abolies : dès lors, il était clair pour les Suédois qu’il s’agissait bien de taxes SUBSTITUTIVES et incitatives.  Enfin, peut-être, du point de vue logique, le plus important. Dans mon esprit, il s’agit de raisonner A COÛT DE PRODUCTION INCHANGÉ.  Il ne s’agit pas, par la fiscalité, d’alourdir les coûts mais de les redistribuer autrement. La compétitivité, dans son ensemble, ne devant pas s’en trouver affectée. 

Rodrigue Coutouly : Je ne parlerai pas, ici, de l’idée de taxes substitutives que je trouve discutable et que j’aborderai dans le troisième échange. Nous sommes d’accord, comme la majorité des chercheurs et intervenants réfléchissants sur cette question : la fiscalité environnementale doit s’installer progressivement pour permettre aux acteurs (entreprises et consommateurs) de s’y adapter et d’anticiper. Le débat porte sur la forme de la courbe de progression de cette fiscalité. Les promoteurs de la défunte contribution climat ont défendu l’idée qu’elle devait être significative d’emblée et progresser ensuite. On a vu ce qu’elle est devenu : elle a significativement disparu ! Je préfère, pour ma part, une courbe qui part pratiquement du point O dans l’axe des ordonnées mais dont le plan de progression soit immédiatement lisible et connu. L’avantage est de faciliter son acceptabilité par l’opinion. Même si on peut se douter que cela ne suffira pas. On compare souvent notre regrettée contribution climat avec la taxe carbone suédoise. Cela me semble en grande partie un raisonnement anachronique, car cette taxe a été mise en place il y a deux décennies dans un pays où la conscience environnementale a une autre dimension.

"Il ne s’agit pas, par la fiscalité, d’alourdir les coûts mais de les redistribuer autrement. La compétitivité, dans son ensemble, ne devant pas s’en trouver affectée." Je reprend vos termes car le choix d’une stratégie fiscale efficiente dépend en grande partie de sa capacité à modifier les comportements et les modalités d’organisation de nos sociétés. Or, cela serait une erreur de croire qu’une "bonne" fiscalité suffirait à changer nos sociétés. On le sait, la green-economy suppose des investissements énormes. Cela n’est pas un hasard si les chinois progressent trés rapidement dans ce domaine : ils réinvestissement une bonne partie de leurs liquidités dans ce secteur. C’est pourquoi je défend l’idée que la fiscalité verte ne doit avoir qu’un objectif : permettre d’investir dans ce secteur. A quoi bon, en effet, taxer l’essence du travailleur pendulaire péri-urbain si il ne dispose pas de modes de déplacement alternatif ? Or, les temps ne sont guère propices aux investissements publics dans les transports collectifs. Une fiscalité coercitive aurait dans ce cas des effets désastreux sans rien changer aux comportements des différents acteurs sociaux. On pourrait procéder au même raisonnement dans d’autres secteurs : le logement en est un autre bon exemple. Les modifications réglementaires engendrées par le Grenelle n’ont d’effets significatives que sur les logements neufs. Dans l’ancien, le crédit d’impôts ayant des limites, on se retrouve bien en peine de définir une politique fiscale efficace, si elle ne se révèle pas incitative. Or, il n’y a qu’un seul moyen qu’elle le soit : que le produit des taxes environnementales prélevé sur le logement soit utilisé pour investir dans l’isolation et le chauffage de l’habitat existant Ainsi conçu, la fiscalité verte est un outil de transfert de richesse entre l’ancienne économie carbonée et la nouvelle économie décarbonée. Le seul moyen de permettre l’émergence de cette dernière dans nos sociétés occidentales désargentées.

  3-La taxation écologique doit-elle se substituer aux taxes sur le travail ?

Rodrigue Coutouly- Croire que la taxation écologique va entraîner l’abolition des taxes sur le travail : cela "suppose le basculement des régulations, le remplacement de tout ou partie des taxes et charges pesant sur les salaires et sur l’outil de travail".  Cette vision est erronée et naïve : en plein débat sur les retraites, cela supposerait, par exemple, que l’on finance les futures retraites par une taxation sur l’essence ou la pêche. Cette organisation de la confusion des genres entraînerait tellement d’effets pervers qu’il n’est pas difficile de comprendre que cette idée n’a aucun avenir : elle supposerait que nos retraites dépendent ... de la consommation de pétrole ! Il faut, au contraire, revendiquer l’idée que la taxation écologique est un nouvel étage de politiques publiques, qui le rend certes, plus complexe. Mais mélanger problèmes écologiques et sociaux serait passer du complexe au compliqué. Il faut éviter le "basculement des régulations", accepter l’idée que la régulation environnementale se suffit à elle-même, possède sa propre logique qu’il faut intégrer.

Jacques Weber : Vous dites que l’abolition des taxes sur le travail est "naïve et erronée". Je comprends et admets la critique d’un raisonnement, mais m’étonne de tels qualificatifs. Je ne crois pas avancer à coups d’arguments, mais de raisonnement, et sauf à ce que vous me disiez où le raisonnement est faux, je le maintiendrai.  "croire que la taxation écologique va entraîner l’abolition des taxes sur le travail" est erroné et naïf . Je ne "crois" pas. Il me semble que c’est vous, ici, qui avez une approche quasi religieuse des liens entre travail, sécurité sociale et retraites. Et l’argument d’effet pervers n’est guère acceptable, quand il n’est pas explicité. En quoi cela vous gênerait-il que votre retraite soit liée, non à telle ou telle consommation de ressource comme vous le dites ("pétrole" "pêche") mais à l’ensemble des consommations de nature ? Il se trouve que le travail, en situation mondialisée des économies, tend à jouer de l’accordéon, ce qui n’est pas le cas des consommations de nature : le financement par les consommations de nature aurait une stabilité plus grande que par le travail. Elle ne restreindrait pas l’assujetissement aux seuls travailleurs mais bien à l’ensemble des activités Vous dites vous mêmes que la "naïveté" tient à ce que le travail finance la sécurité sociale et les retraites. Pensez vous vraiment que l’année où je dois prendre ma retraite, et après 40 ans de métier, cela m’ait échappé ? Je pose seulement la question de savoir si il est inéluctable que travail, sécurité sociale et retraite soient indissolublement liés. Oui pour vous, non nécessairement pour moi. La sécurisation du financement me semble être la question pertinente, et non celle de son lien avec le revenu du travail.  Plus important encore, la déconnection du travail et du financement de la sécurité sociale et des retraites, ramènerait les salaires à la productivité du travail , qui est en France l’une des - sinon la- meilleures au monde. Elle rendrait le travail bien moins cher mais les autres facteurs de production, notamment matières premières et énergie, bien plus coûteux. Elle encouragerait donc le retour de l’emploi.  Bien sûr il est impossible de substituer d’un jour à l’autre les charges sur le travail par des taxes sur les consommations de nature. Mais en faire l’hypothèse est - il naïf ou erroné ? Ne confondez vous pas raisonnement aux extrêmes et faisabilité dans l’instant , état d’arrivée et transition ? 

Rodrigue Coutouly : La majorité des observateurs qui s’intéressent à cette question et défendent la mise en place d’une fiscalité environnementale vivent dans leur époque. Or, l’époque est absolument rétive à l’impôt, conçu comme une privation de liberté et une contrainte. De plus, on craint toujours que une taxation diminue la compétitivité d’une économie. La seule façon pour ces promoteurs d’une fiscalité verte d’être conformes à leur époque semble être de proposer des taxes substitutives, qui en remplaceraient d’autres. Ce choix d’une fiscalité substitutive hypothéque, à mon avis, tout espoir de voir émerger une fiscalité environnementale efficace. En effet, substituer suppose de reconsidérer le système fiscal dans son ensemble et de trouver un nouvel équilibre à la fois financier et social, un nouveau contrat social en somme, ce qui semble bien difficile. En effet, je suis d’accord avec vous : "La sécurisation du financement me semble être la question pertinente." Or, cette sécurisation peut-elle être assurée si l’on taxe les consommations de nature ? Comment vous le dites si bien, tout dépend quand on se situe dans le processus : dans une période transitoire ou dans une situation stabilisée d’économie décarbonée, auquel nous aspirons tous les deux ? Prenons la phase transitoire, la plus immédiate. L’instauration d’un lien entre les consommations de nature et les recettes permettant de financer le chômage, les retraites et la sécurité sociale va créer un lien entre elles, une dépendance de la seconde envers la première. Il faudra donc bien maintenir ces consommations de nature si on veut financer notre système sociale. La sécurisation de ce financement ne sera donc en fait jamais assurée. Nos retraites dépendrait alors de la continuation de notre consommation de pétrole et autres produits issus de la nature. On mesure ainsi l’effet pervers. On le connaît déjà pour les taxes sur les cigarettes ou, de manière plus dangereuse pour la TIPP. Cette (fausse) taxe carbone est devenue si importante pour le budget de l’Etat que celui-ci n’a aucun intérêt à diminuer la consommation d’essence ! D’autre part, ce choix déconnecterait, à terme, les charges sociales du principe de solidarité nationale, tout le pacte sur lequel se fonde le ciment européen serait remis en cause. C’est pourquoi je suis partisan d’une étroite spécialisation des contributions environnementales : une taxe sur l’essence doit servir à financer une organisation du transport décarbonée, limitant la voiture individuelle. Une contribution sur les sur-consommations en énergie des logements doit voir son produit utilisé pour investir dans l’isolation des logements. Ce choix me semble plus cohérent, simple à mettre en place et plus facilement régulable qu’un système complexe mêlant cotisations sociales et taxes écologiques.

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Rubrique : {2-Ecologie politique}

L’échec des spécialistes

Le mardi 6 avril 2010 par Rcoutouly

Depuis des décennies, les experts s’expriment sur les problèmes que nous subissons. Et, nous n’avançons pas : nulle solution pertinente n’émerge pour résoudre les difficultés récurrentes de nos sociétés industrielles occidentales. La crise des années 75 a été suivi par d’autres, sans que nous puissions en sortir. Pourquoi ce constat désespérant ?

Depuis des décennies, les spécialistes s’expriment. La quantité d’experts, d’universitaires, de groupes de travail n’a cessé de gonfler dans toutes les disciplines, et pourtant, notre regard sur le monde, notre analyse sur celui-ci sont d’une grande pauvreté. Pourquoi ?

Parce que malgré les avertissements d’Edgar Morin, l’ère des spécialistes est là, chacun étudie un fragment du monde, avec ses outils intellectuels spécifiques. Chaque angle d’attaque est particulier et chaque outillage épistémologique a sa cohérence mais aucun ne peut embrasser la complexité du système monde, ou du système sociétal.

Le travail intellectuel est en miette : par exemple, pour étudier le réchauffement climatique, on doit faire intervenir des milliers de spécialistes dans des disciplines diverses. Et pourtant ce problème n’est qu’un des problèmes complexes, parmi d’autres, que nous rencontrons.

A cet égard, illustrons mon propos par un exemple : dans le Monde du 3 avril 2010, débat entre deux éminents économistes autour de la question "Faut-il augmenter les impôts ?". Et nos deux comparses (Christian Saint-Etienne et Jean-Marc Daniel) de se chamailler sur les solutions pour sortir de nos déficits , l’un cherchant dans quelles dépenses tailler, l’autre quelles impôts faut-il augmenter. Débat vain et stérile, toujours remis sur la sellette, comme si nos problèmes provenaient d’un simple souci de tuyauterie fiscale, comme si il fallait seulement ouvrir ou fermer un peu plus les robinets des impôts et des dépenses publiques.

Nos problèmes de déficits sont dûs à des problèmes structurels liés à un système économique à bout de souffle. Miné par la mondialisation, alimenté par un chômage devenu structurel, détruit par un système économique construit autour de l’utilisation de ressources naturelles de plus en plus rares, notre système s’effrite sans que nous nous en rendions compte. Nous avons continué à utiliser le crédit comme moteur de croissance alors que les ressorts de la croissance se sont peu à peu usés. Nos économies sont essoufflées comme un coureur vieillissant qui a continué au rythme de sa jeunesse sans comprendre qu’il n’avait pas les ressources pour tenir cette cadence.

Cette métaphore n’est pas intelligible pour le spécialiste de l’économie qui raisonne sur des mécanismes compliquées à court terme : il regarde l’évolution du PIB, le taux de CSG, et autres poussières de la réalité, méconnaissant à la fois les conséquences crues et concrètes des politiques économiques (les individus et les familles broyés par le chômage) et aussi la complexité globale des systèmes sociétales dans lequel se trouve imbriqués les mécanismes économiques qu’il étudie. L’universitaire est devenu un OS du savoir, un ouvrier spécialisé travaillant sur le moteur de la bagnole mais sans percevoir que cette automobile est plus complexe, rassemblant des organes multiples dont seul la coordination subtile permet son fonctionnement.

Une de nos difficultés provient du fait que seuls les spécialistes sont légitimes pour parler de nos problèmes. Face à la complexité de chaque situation, chaque discipline développe ses propres outils d’analyse, qu’ils sont les seuls à pouvoir utiliser. Dés lors, personne, à l’exception de quelques plumitifs médiatiques, n’a une légitimité pour parler globalement de nos problèmes. Car à chaque fois, le spécialiste revendiquera sa légitimité technique pour éliminer l’argument global car c’est "beaucoup plus complexe que cela".

Une autre de nos difficultés provient du fait que les arguments techniques de chaque spécialiste cache ses convictions profondes, ses représentations enfouies sur une situation donnée. Prenons un exemple entendu à la radio l’autre jour : un des économistes spécialistes français des hydrocarbures explique la problématique du pétrole aujourd’hui par les mécanismes du marché et de la spéculation. Ce discours rassurant vole en éclat quand il affirme, reprenant les propos d’un prince saoudien : "à la fin de l’âge de pierre, nous avons continué à avoir des pierres". Il apparu alors que, derrière les arguments techniques, se cachait une conviction politique forte : la fin du pétrole est un fantasme. Cette représentation délégitime à posteriori la compétence économique et spécialisée de cette universitaire.

Aujourd’hui, le problème central est celui de la légitimité intellectuelle. Il faut réaliser une révolution copernicienne. La légitimité intellectuelle ne doit, ne peut plus provenir seulement d’un savoir savant spécialiste, engoncé dans une discipline auto-suffisante, développant un discours fermé sur elle-même. Ce savoir là n’a plus aucun intérêt si il ne s’articule pas avec le Monde dans lequel il s’insère. La vraie légitimité intellectuelle est celle qui est capable, en partant de son cercle épistémologique propre, de le relier aux autres grilles d’analyse des autres disciplines. La vraie légitimité intellectuelle est celle qui provient de la recherche de pertinence plutôt que celle qui cherche uniquement et pauvrement la simple cohérence avec son univers spécialisée.

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Dernières brèves

Rubrique : {2-Ecologie politique}

Les experts, la crise et l’écologie

Le lundi 7 septembre 2009

Le numéro du nouvelle observateur du 3 septembre 2009 contient un intéressant dossier sur sortir de la crise. Il est intéressant surtout grâce à un long interview de Daniel Cohen, économiste de 56 ans. Quelques bonnes phrases : "le problème avec Keynes, c’est qu’il a fait croire ... qu’on disposait des instruments d’une régulation fine de l’économie.... Il disait : le jour où on comprendra qu’on peut dépenser toujours plus, l’humanité sera sauvée. Ce postulat n’est plus du tout dans l’air du temps." ".. à priori, la période de croissance que nous vivons aurait dû être exceptionnelle : la révolution informatique ... produit des gains de productivité tout à fait extraordinaires et, de son côté, la mondialisation crée des nouveaux marchés. La crise financière que nous connaissons est donc une anomalie ... Mais il y a l’incertitude au sujet des matières premières. Aujourd’hui, chacun voit bien, au-delà de cette spéculation, que le prix du pétrole va reprendre sa course. Cette hypothèque nous ramène à l’urgence écologique et souligne l’urgence d’un nouveau mode de développement plus économe en matières premières" Bravo, monsieur Cohen, enfin un économiste qui intègre la crise environnementale dans la crise économique. Dans le même dossier, il y a aussi le point de vue de Paul Krugman, prix nobel 2008 d"économie". Et là, est-ce parce qu’il s’agit d’un sexuagénaire qui a une autre vision du monde, mais il s’agit de néo-keynésianisme très classique, où il suffit de contrôler le système qu’il fonctionne, en réutilisant les mêmes règles que dans les années 30, comme si la planète était la même ! Il ya juste une phrase rigolote à la fin de l’article, que son auteur devrait méditer : "je pense que les seuls obstacles structurels importants à la prospérité du monde sont les doctrines obsolètes qui encombrent l’esprit des hommes". A méditer en effet.

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Rubrique : {3-fiscalité environnementale}

l’opinion et la taxe carbone

Le jeudi 30 juillet 2009

Entendu l’autre jour sur la radio RMC :

l’animateur donne successivement la parole à des auditeurs. Sujet du jour : le travail de la commission Rocard. Question posée : faut-il faire la taxe carbone ? La trés grande majorité des auditeurs au téléphone sont contre, personne ne conteste plus le réchauffement climatique. C’est déjà ça d’acquis. Par contre, tout le monde y va de son couplet sur la baisse du pouvoir d’achat, et pourquoi moi et pas les autres (les patrons, EDF, etc...). Les discours sont souvent violents contre le gouvernement, les écologistes. L’animateur donne la parole à un invité (le directeur d’une grande ONG environnementale), celui-ci tente d’élever le débat autour de la nécessité de réduire nos émissions de carbone. Un débat a lieu entre lui et un auditeur. Celui-ci l’interpelle sur cette nouvelle taxe, sur sa perte de pouvoir d’achat, sur l’utilisation de cet argent. Le directeur ne sait comment répondre, il est submergé par les arguments de son contradicteur.

Cette anecdote prouve mes craintes, exprimées dans un article récent : cette contribution carbone, telle qu’elle est conçue, n’est absolument pas comprise et acceptée par la population. Pire, elle passe pour un impôt de plus. Et cela est mauvais pour les idées écologistes puisqu’elle retarde la prise de conscience et la mobilisation nécessaire du plus grand monde.

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Rubrique : {2-Ecologie politique}

Michel Rocard, entre deux mondes en crise

Le mardi 7 juillet 2009

Lecture du journal Le Monde du mardi 7 juillet 2009 :

La page Débats du journal contient un article de Michel Rocard intitulé "les Européens ont voté pour que la crise continue", dans lequel l’auteur défend l’idée que seul l’investissement peut permettre de sauver l’Europe de la crise économique. Cet article est écrit par un homme qui préside, dans le même temps, la conférence des experts sur la contribution climat-énergie. Pourtant, M Rocard, dans son article, ne fait pas une allusion à la crise environnementale comme si il n’y avait AUCUN lien entre ces deux phénomènes. Cela prouve à quel point nos élites n’arrivent pas à créer du lien, de la globalité entre les deux phénomènes. La lecture de ce numéro du Monde prouve d’ailleurs qu’il y a séparation complète entre des articles consacrées à la crise économique et ceux consacrées au réchauffement climatique.

M Rocard pense investissement mais ne se dit pas que seuls les green investissements ont de l’avenir. J’aime bien M Rocard et j’apprécie sa réflexion mais c’est celle d’un homme du XXéme siècle qui pense en dissociant l’économie de l’écologie. Quel dommage ! La pensée systémique, les écrits d’Edgar Morin par exemple n’ont pas suffisament irrigués les élites intellectuelles.

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Rubrique : {2-Ecologie politique}

Interpréter les résultats des élections européennes

Le mardi 9 juin 2009

Le succès de la liste Europe écologie donne lieu à des commentaires édifiant de la part des journalistes et autres commentateurs politiques. Il serait dû à la "personnalité de Cohn-Bendit", à une soi-disant "mode pour l’écologie", au regroupement des "bo-bo", à une défiance du partie du peuple de gauche cherchant à punir le PS, et à d’autres raisons du même genre.

Et si simplement, cette poussée écologique s’expliquait par la prise de conscience grandissante de nos concitoyens ? Par le fait que les enjeux politiques qui préoccupent les citoyens ne sont plus seulement la crise économique, le chômage et l’insécurité ? L’écologie est un véritable enjeu politique pour tous ceux qui s’inquiètent de la qualité de la vie, de la pollution, des conséquences de l’effet de serre et de la raréfaction des ressources naturelles. c’est cela aussi la Politique !!

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Rubrique : {2-Ecologie politique}

Les jardins urbains : un enjeu politique

Le dimanche 7 juin 2009

La présence de jardins dans l’espace urbain est une source de bienfaits essentiels : les jardins publics de centre ville sont les plus connus, ils offrent respiration et détente aux urbains. Mais dès que les trames urbaines se relâchent, d’autres types de jardins sont préférables :

 les jardins ouvriers : des parcelles de 200 mètres carrés environ à usage privatif, permettant à leurs détenteurs d’y créer un potager. Ils ont l’inconvénient de ne pas créer du lien social et de faire de ceux qui les détiennent des privilégiés au sein de l’espace urbain : à Marseille, il y a une liste d’attente de 30 ans pour y avoir accès !
 les jardins partagés sont beaucoup plus grand (plusieurs milliers de mètres carrés), possèdent un animateur et un mélange de lopins individuels et de parcelle collective. Ils sont de véritables espaces de sociabilité partagés, au-delà de leur fonction écologique ou alimentaire
 les jardins associatifs sont installés sur des parcelles d’environ 500 mètres carrés, selon le même principe que les jardins ouvriers, avec la différence importante que les attributaires sont des associations. Cela permet à davantage de monde d’en profiter. On voit à travers ces 3 possibilités, trois modes d’attributions, de gestion différentes d’un espace urbain vert, avec des conséquences importantes sur leur efficacité sociale et environnementale

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